[Matthieu Decarli]
En fait, c’est très dur de parler de graphisme pour les réalisatrices ou les réalisateurs. C’est un peu comme pour la musique parfois. Ils ont pas forcément le vocabulaire, pas forcément les références. Le générique, c’est un corps un peu exogène. C’est pas le même registre, c’est pas les mêmes enjeux. Donc ils ne savent pas toujours en parler ou communiquer. Parfois, ils ont des envies un peu floues. Ce qui fait que nous, il faut qu’on propose beaucoup.
Et il n’y a qu’en voyant que les gens arrivent à dire ça j’aime, ça j’aime pas, ça c’est intéressant, ça c’est nul. C’est un peu ce que j’appelle la technique de l’entonnoir. C’est-à-dire que tu présentes beaucoup et puis tu fais le tri, tu fais le tri. Et puis à la fin, il ne reste qu’une. Parfois, le générique, on propose, on peut faire 4, 5 versions de trucs différents avant qu’on s’arrête sur une.
Mais par exemple, les typos pour les films, des trucs qui peuvent paraître très simples, tu peux passer beaucoup de temps parce que trouver la bonne typo, c’est très compliqué. Les trucs les plus durs, c’est quand tu n’as rien vu, tu as juste vu un scénario, tu n’as pas encore d’univers visuel, tu n’as pas encore vu le montage, tu n’as pas encore vu des choses un peu concrètes. Parceque nous, on a vraiment besoin, on doit s’insérer dans un espace qui est l’espace de l’histoire, du film et du tournage et du montage. Et plus tu as connaissance de cet espace-là, plus c’est simple pour nous d’en comprendre les enjeux dramatiques et narratifs.
Parce que par moment, vous aviez juste un brief et vous devez essayer de déduire l’univers pour le générique.
[Matthieu Decarli]
Oui, un brief et un scénario. Ce qui est déjà bien, mais en même temps, là, typiquement, on a un scénario, on n’a pas encore vu d’image et ce n’est pas si évident de se dire « est-ce que mon idée va coller de la séquence qui suit ? » Parce que le générique, ce n’est pas un résumé du film, ça vient à un instant T d’un film et il faut être dans le sentiment de cet instant là, de cette séquence. Si le film commence à le dire, tu ne vas pas faire un gros générique qui tabasse. Ou alors, ça racontera autre chose et le réel voudra que ça soit raconté. Mais en tout cas, il faut toujours avoir l’intelligence de savoir à quel moment et dans quelle ambiance doit être le spectateur à ce moment-là.
[Olivier Marquézy]
C’est une porte d’entrée, le générique de début. Donc, il faut entrer de la manière la plus adéquate qui soit dans le film. Sinon, c’est raté.