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Hep Hep Hep !

Comme les films, mon article est fait pour être regardé sur grand écran.

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Image qui tourne

[Abstract]

Most people do not pay attention to this work and leave movie theaters before the end title. It create a gap between the movie experience and the exprience linked to the end of film, credits.
The representations of this work by motion designers are victims of a lack of recognition. This paper based on articles, reviews of the literature and theoritical books, by meetings interviews were contacted and definition of credits was given. An online essay was distributed with illustrated examples to show and understand how the motion designer create title sequences and could be favorable to the recognition.
The results indicate that the choice depends on the director of the movie, not on motion designer.

On this basis, credits are not only an informative piece, they could be an art that open and close the movie. Further research is needed to identify the new tools that can be unfavourable for the job.

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Introduction

Lors d’une conférence au centre Pompidou en 2019, le Chargé de programmation culturelle au service de la « Parole au graphisme », Romain Lacroix explique :
« Le graphisme est tellement présent partout que l’on oublierait de le regarder (...) et pourtant si l’on retient les réalisateurs de films, la plupart des gens ne savent pas qu’il y a des graphistes derrière les génériques, qu’ils sont pourtant si merveilleux. »1. Par graphistes, nous entendons dans ce cadre les motion designers qui élaborent les génériques de film. C’est un métier donnant vie aux éléments graphiques, du design en mouvement. Il ne se limite pas à la simple animation d'images, mais englobe la création d'une atmosphère, d'une histoire, et d'une émotion à travers le mouvement 2. Le 8 novembre 2025, au Grand Rex, a lieu le Motion Plus Design3. Cet événement promeut cet art parfois éludé, à travers des conférences témoignant de l’essor du numérique en constante évolution et d’innovations esthétiques.

Bien que la profession soit peu reconnue, qu’est ce qui fait que sa création graphique peut contribuer à sa reconnaissance, dans quelle mesure le rôle du motion designer apporte de l’innovation, parfois même révolution4 graphique ? Quels sont les secrets d’un générique réussi ? Si l’on devait résumer cela en une problématique : en quoi, le métier de motion designer donne-t-il une force distinctive aux génériques de film contemporains ? C’est ce que l’on va tenter de résoudre en commençant par son fonctionnement lors de la réalisation par les motion designer. Ensuite, on va ouvrir le champ de ces explorations graphiques, procédés qui permettent de transcender l’art du générique. Pour finir, les réponses que peuvent apporter cette création face aux enjeux sociétaux.


[1] Le fragment narratif, comme principe moteur du générique

[1.1]
Fonction et fonctionnement du Générique

Pour commencer, le générique, substantif apparu vers 1900, désigne la liste des collaborateurs d’un film, ce que l’anglais nomme plus justement « credits ». Dans son ouvrage,

à quoi sert le graphisme, Alice Twemlow indique que le générique a d’abord fonction purement informative et s’appuie davantage sur le genre du film que sur sa thématique, s’accordant parfaitement à l’étymologie de « générique » (genus, generis) signifiant genre5. Le terme genre renvoie ainsi à la classification des équipes, mais aussi à la catégorisation d’idées lors de la conception du générique. Cette catégorisation est comme une succession de mots-images, construite comme un rébus6, qui permet de fragmenter le film en plusieurs concepts clé ; une manière de condenser ses idées principales en éléments visuels qui, une fois assemblés, renvoient à son univers et à l’ambiance du film.

C’est précisément cette technique que Saul Bass, affichiste américain et pionnier du motion design, développe dans les années 1950. Ainsi le générique de Vertigo d’Alfred Hitchcock, associe formes abstraites, typographies cinétiques et mouvements rythmés pour créer une mise en scène graphique renforcée par la musique. Il traduit la métaphore centrale du film en images symboliques, rejoignant l’idée d’Alexandre Vuillaume-Tylski : « Les génériques signés par Elaine et Saul Bass sont précisément des appels, ils font venir à nous à la fois récit et fantôme. »7

[1.2]
L’apport du motion designer dans cette inscription narrative

Ce choix, de s’inscrire dans l’histoire du film dépend du réalisateur dont la création est destinée aux motions designer pour le générique. En effet, Hoél Saint Léger dans l’article du CNC, comment réalise-t-on un générique ajoute :

« contrairement à Saul Bass, qui était engagé pour avoir une liberté graphique, ici le réalisateur peut jusqu’à avoir une idée très précise en tête qu’ils sont chargés de réaliser. ». C’est pour cela que les réalisateurs font appel aux motion designer, car c’est grâce à leurs apports graphiques, qu’ils peuvent créer une narration dans le générique. Par exemple, dans le générique Doctor Strange Multiverse of Madness, Sam Raimi (2022), le studio Perception8 a collaboré avec le réalisateur. L’histoire du film raconte les aventures d’un sorcier suprême qui parcourt le multivers, poursuivi par une sorcière voulant retrouver ses enfants perdus dans d’autres univers. Le générique a employé une symétrie verticale dans laquelle on retrouve une succession de taches d’encre contenant des shoots du film. Ces taches, placées de manière aléatoires structurée9 , représentent les tests de Rorschach élaborés par le psychanalyste suisse Hermann Rorschach en 1921. Ils sont ici utilisés pour incarner l’instabilité émotionnelle et la folie auxquelles la sorcière fait face lors de son épopée pour retrouver ses enfants.

Cette contribution narrative convoque le numérique dans la plupart des cas dont le coût de production est inférieur à des procédés artisanaux qui requièrent un coût du matériel. Or, solliciter des pratiques relevant de la technique manuelle apporte plus de matières aux génériques que des procédés numériques.

[2] Exploration des procédés, méthodes, outils, postures par le motion designer

[2.1]
L’implication du motion designer comme outil de conception artisanale dans les génériques

Les procédés techniques qui relèvent de l'expérimentation ou de l'artisanat sont les fondements de la création du générique. En effet, avant Saul.B , Oskar Fischinger et Norman Mclaren,

deux artistes expérimentaux, sont les premiers à avoir animé le générique avec une esthétique tout aussi contemporaine. Par exemple, Oskar. F, artiste travaillant sur le visuel et le son, invente en 1920, une théorie sur l’abstraction cinématographique10, avec une série d’essais nommée Early abstractions, comme pour Wax experiments (1920), en filmant un bloc de cire coloré découpé en fines tranches, éclairées, et photographiées image par image au fur et à mesure de la coupe, ce qui donne l'impression de pénétrer dans les flux colorés. Il employait aussi des matériaux comme la pâte à modeler, la cire, et le papier pour créer des formes abstraites qu'il animait en stop-motion. Norman. M a expérimenté lui aussi de nombreuses techniques d’animation comme le grattage de pellicule. Par exemple, son œuvre expérimentale nommée Dots (1940), sont des gouttes de peintures déposées sur la pellicule, créant un mouvement de cercle difforme sur le film.

[2.2]
Les choix graphiques et limites du motion designer dans ces explorations graphiques

Faire le choix de procédés graphiques plus coûteux, mais sensibles peut renforcer l’adéquation du générique au récit, comme le montrent Olivier Kuntzel et Florence Deygas dans Catch Me If You

Can, dont le style propre devient une signature visuelle identifiable.. J’en fais l’analyse dans mon étude de cas. Parfois, l’utilisation de procédés qui convoque le numérique et l’artisanal peut arriver à des résultats qui sont en accord avec l’histoire du film. Par exemple dans Splice, Vincenzo Natali, le générique de fin reprend un extraterrestre fabriqué et filmé, qui, par la suite passe en postproduction, pour des ajustements d’effets spéciaux, afin de le rendre d’autant plus en adéquation avec le récit. Pourtant, avec les avancées technologiques, le travail du motion designer peut être remis en jeu.

C’est le cas d’un exemple qui relève d’une série de streaming nommée Secret Invasion, Kyle Bradstreet (2023) diffusée sur Disney +, mais dont le fonctionnement du générique est très similaire aux films contemporains. La création du générique a recours à un outil alors émergent : l’Intelligence Artificielle. En 2023, les logiciels de génération vidéo produisent des images au réalisme encore instable, davantage fondées sur le morphisme11 que sur une construction nette. Or, cette esthétique s’accorde avec le récit de la série, qui joue précisément sur la confusion des identités humaines et extraterrestres. Malgré cela, l’utilisation de l’IA a fait polémique sur le risque de perdre des équipes, voire de devoir remplacer le motion designer. « Je pense que l'IA est contraire à l'éthique, dangereuse et conçue uniquement pour faire disparaître les carrières des artistes », a tweeté l’artiste Jeff Simpson12, dans un article de France 24.

Ainsi, certains procédés employés dans la création graphique du générique peuvent devenir eux-mêmes une signature visuelle, permettant de valoriser les professionnels qui les conçoivent. Cependant, l’apparition de nouvelles innovations pourrait à son tour menacer cette signature, son authenticité et le savoir-faire du métier, alors même que le motion design cherche encore à s’imposer et à se faire reconnaître.

[3] L’enjeux de la contribution graphique et sa légitimité dans le générique

[3.1]
Enjeux sociaux du générique de film

Il faut rappeler que le générique sert avant tout à informer. Malgré toute cette intention graphique, le grand

public reste dans la méconnaissance13 du contenu du générique autant que la création et quitte souvent la salle de cinéma dès lors que le générique de fin commence. Le chercheur Alexandre Vuillaume-Tylski affirme que : « Le générique au cinéma a été très peu étudié et débattu. L’histoire du générique, ses diverses facettes économiques, politiques et narratives, ses nombreux créateurs et graphistes de l’ombre, ses multiples et passionnantes esthétiques restent éludées ou marginalisées. »14 D’un point de vue légal, le statut de motion designer est pourtant reconnu en France par le code E120515. Cependant, selon la CCN16, le métier reste flou : il n’existe pas d’appellation précise pour le motion designer qui crée les génériques.

Le regard du grand public n’est pas la seule cause de ce manque de reconnaissance, certains réalisateurs considèrent le travail du générique futile, sans intérêt. Par exemple, dans l’ouvrage de Alexandre Vuillaume Tylski, Randy Balsmeyer, Title designer et Superviseur d'effet visuel, témoigne de cette ignorance : « J’ai reçu un mail aujourd’hui à propos d’un film sur lequel j’aimerais beaucoup travailler. Mais on me dit que les producteurs de ce film ne voient pas l’utilité de faire un beau générique…Si seulement ils savaient… »

[3.2]
Le générique comme œuvre graphique à part entière participant à la reconnaissance artistique

La contribution graphique du motion designer peut participer à la reconnaissance de l’équipe, lorsqu’elle est mise en valeur par la volonté du réalisateur. Comme l’explique Alexandre Vuillaume-Tylski dans le podcast de Radio France, le début fonctionne comme une entrée dans le film, la fin comme un sas de décompression.

C’est donc un moyen d'interagir avec son public, de le guider vers le film. C’est le cas d’Irréversible (2002) de Gaspar Noé, où la différence entre le générique de début et de fin, force le spectateur à prêter attention à ce qu’il ignore. Le générique commence à l’envers, en axe oblique, avec une typographie linéale ponctuée de lettres inversées et de mots rouges, attirant l’attention sur l’équipe technique et perturbant la lecture, le spectateur est incité à ne plus seulement regarder, mais lire. Mais ce traitement graphique est possible grâce au scénario qui permet de valoriser le motion designer sans pour autant créer une incohérence avec le thème du film.

Mais dans Irréversible, le motion designer reste invisible, tandis que d’autres œuvres de Gaspar. N, comme Enter The Void (2009) avec Tom Kan, contribuent à starifier17 et institutionnaliser ce rôle. Dans Art of The Title, on le distingue dans des grands magazines de design comme Highsnobiety et Technikart ou des festivals. Le générique devient alors une œuvre graphique autonome, portant la signature du motion designer.

Conclusion

En conclusion, le générique, longtemps réduit à une fonction informative, est devenu grâce au motion design un véritable espace d’expression où récit, esthétique et innovation s’entrelacent. Le motion designer y apporte une force distinctive, capable de révéler l’identité d’un film, d’en condenser les enjeux ou d’en façonner l’atmosphère. Pourtant, malgré cette contribution essentielle, son rôle demeure souvent méconnu du grand public.

À l’heure où de nouvelles technologies émergent, notamment l’IA, une question subsiste : comment préserver la singularité artistique de ces créateurs tout en intégrant des outils qui redéfinissent déjà la manière de concevoir les images ?


Notes de bas de page


    Introduction

  • 1 Centre Pompidou, Paroles au graphisme, Laure Chapelain et al, « Générique et motion design », 04 septembre, 2019.
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  • 2 Selon LISAA, L'Institut Supérieur des Arts Appliqués
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  • 3 Festival international réunissant lors de conférences : artistes, passionnés et fétichistes du cinéma et motion designer.
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  • 4 Selon le Larousse, agitation soudaine et passagère, provoquée dans le public par un fait inhabituel : Selon Le Robert, Changement très important dans la société, dans l'histoire. bouleversement, transformation ; évolution. Une révolution artistique. La révolution industrielle de la fin du XIXe siècle.
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  • [1] Le fragment narratif, comme principe moteur du générique.

  • 5 Selon le Gaffiot, origine patricienne, plébéienne ; genere et nobilitate et pecunia facile primus Cic. Amer. 15, le premier aisément par sa naissance, sa noblesse, sa fortune
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  • 6 Selon le Larousse, C’est un jeu d'esprit qui consiste à exprimer des mots ou des phrases par des lettres, des mots, des chiffres, des dessins et des signes dont la lecture phonétique révèle ce que l'on veut faire entendre.
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  • 7 Youtube, Blow up, Alexandre Vuillaume-Tylski, « les génériques de saul et elaine bass », 16 juillet 2020.
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  • 8 Le studio Perception est spécialisé dans la création de séquences de génériques et d'effets visuels pour le cinéma.
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  • 9 Selon stéréolux, ou hasard contrôlé, ce sont des règles formelles ou algorithmiques qui encadrent et orientent un processus. Cependant cela laisse toutefois une part d'imprévisibilité dans le résultat final.
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    [2] Exploration des procédés, méthodes, outils, postures par le motion designer.

  • 10 Selon Wikipédia, le cinéma abstrait est un courant du cinéma d'avant-garde et expérimental qui s'est formalisé dès 1912 en Italie, caractérisé par la volonté de libérer le film de toute référence au réel pour privilégier l’expression directe par la couleur, la forme et le mouvement, créant ainsi un langage visuel autonome et graphique.
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  • 11 Selon le CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, subst. fém., biol. Variation non adaptative et instable dans la morphogenèse d'un individu, associée à des modifications du milieu.
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  • 12 Artiste Conceptuel britannique connu pour ses expérimentations interdisciplinaires liant art, science et technologie, notamment dans le domaine des installations et des performances explorant la matière et la perception.
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  • [3] L’enjeux de la contribution graphique et sa légitimité dans le générique

  • 13 Selon le CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, ne pas reconnaître la véritable nature d'une chose ; se méprendre sur ses qualités, son caractère
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  • 14 Nelson Zagalo, « Poétiques du générique de cinéma : l'expressionnisme en mouvement », CAIRN, mise en ligne le 28 mai 2011. P.131-140
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  • 15 Code qui est utilisé pour identifier le métier dans les statistiques et les classifications professionnelles. Identifiable sur https://api.gouv.fr/les-api/api_rnm retour vers le haut
  • 16 Convention collective nationale de la production cinématographique
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  • 17 Selon le CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, c’est faire de quelqu'un une star.
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