Retourner à l'article ↩

Image normale Image survol

Pourquoi Amandine Derachinois ?

C’est la seule graphiste au sein de la mairie de Roubaix depuis 2009. Elle fait aussi des illustrations et s’occupe de nombreux événements, comme la nuit des arts ou « Les femmes font leur cinéma ». Elle travaille aussi sur de nombreux thèmes, ce qui rentre dans ma problématique. Sachant que la ville de Roubaix est une ville où il y a beaucoup de diversité, ce qui permet d’aborder le sujet des stéréotypes.

Introduction

Je m’appelle Waroux Miriame et là je suis dans ma troisième année à l’ÉSAAT, donc en graphisme, spécialité supports connectés. Notre diplôme final consiste en un article avec des annexes, une étude de cas, des interviews etc. C’est là où vous, vous intervenez. Donc là pour mon article, j’ai choisi comme thème l’inclusion au sein des mairies pour étudier en quoi les mairies essaient d’être inclusives et comment elles procèdent, etc. C’est pour ça que je me suis adressée à vous. J’ai regardé votre portfolio et j’ai trouvé ça très intéressant, sachant que je fais aussi mes études à Roubaix, de voir comment la mairie de Roubaix communique et si elle était intéressée ou consciente de ce sujet là.

D’accord. Quand on parle d’inclusivité, on parle de tout ? Enfin, on parle de tout le monde, on parle aussi bien des femmes, des personnes racisées, des personnes en situation de handicap, etc. C’est ça ?

Oui c’est ça. Je me suis concentré sur les typographies ou avec les visuels. Mais je n’ai pas traité tout ce qui est du ressort de la dyslexie etc. Je me suis vraiment basé sur l’inclusivité dans la représentation des habitants ou des personnes.
















Par conséquent, que pensez-vous de l’inclusivité dans le design graphique ?

C’est difficile de répondre, parce que moi je fais des veilles dans le cadre de mon travail, pour trouver l’inspiration et savoir un peu ce qui se fait pour les tendances Etc. Et effectivement, parce que je suis graphiste, je suis sensible à la couleur, à la typo, à l’harmonie, à la composition. Mais du coup, l’inclusivité c’est pas forcément quelque chose qui va, qui va m’interpeller à titre personnel. Je fais beaucoup d’illustrations, du coup je ne représente pas forcément des gens en tant qu’humain. Je fais beaucoup d’animaux, par exemple, pour la nuit des arts c’est un loup. Enfin voilà, donc j’essaie de contourner un peu le truc en me disant que de toute façon, on peut pas représenter tout le monde, c’est très compliqué. Au même titre qu’on ne peut pas parler à tout le monde, qu’on ne peut pas cibler tout le monde. Dans la com, faut faire des choix. Et du coup moi j’ai pas beaucoup d’exemples précis. On fait une com très généraliste à Roubaix. Moi je réfléchis et c’est vrai que des fois on fait de la com pour les enfants, mais ça reste une inclusivité comme une autre. Mais est ce qu’ils sont vraiment la cible? Est ce que ce n’est pas plus les parents ? C’est les parents qui vont amener leurs enfants vers les événements qui leur sont dédiés. Donc au final moi je trouve ça bien mais j’y suis pas confronté en fait.





Et comment vous vous adaptez par rapport aux cibles? Là, vous parliez des enfants, par exemple. Quand vous avez des événements pour enfants, vous représentez un peu, on va dire inconsciemment, n’importe quel enfant ?

On sait que Roubaix, c’est une ville avec beaucoup de population maghrébine, beaucoup de personnes racisées, beaucoup d’immigrés. Donc il faut et c’est important de les représenter. Ils font partie de la ville, on s’adresse à eux comme à tout un chacun. Et donc c’est normal qu’on ne mette pas que des blondinets sur une photo. Ça me semble évident. Il faut qu’ils se sentent intégrés et qu’ils sachent que la ville s’adresse à eux, à tout le monde, à tous les habitants et effectivement, on ne veut pas le laisser pour compte. Après, c’est vrai que moi, en tant que graphiste, je ne représente pas d’humains. Alors parfois il faut faire des choix, parfois il y a un peu de photos, mais j’utilise assez peu la photo dans mon travail. Et utiliser la photo, c’est très compliqué pour des raisons de droit à l’image. Donc vous devez en savoir un petit peu. Mais déjà avec les enfants c’est mort. Clairement, on est obligé de faire d’aller dans des banques d’images pour représenter des enfants. Donc c’est d’autant plus complexe. Là, j’ai fait une petite brochure pour les colonies de vacances par exemple, où il y a de la photo, mais c’est de la photo d’une photothèque. Donc faut que je trouve un enfant qui est dans la neige etc. J’essaie d’avoir au moins un petit peu de diversité, que ce ne soit pas un truc perçu comme une com pour les riches, parce qu’en plus les tarifs font que n’importe quel enfant peut y aller, c’est adapté, etc





Oui, vous faites par rapport aux ressources que vous avez.

Tout à fait. En plus c’est compliqué le droit à l’image. En général, on a une photographe en mairie et elle fait toujours signer des papiers, il n’y a pas de souci, c’est hyper carré là dessus. Mais c’est vrai que souvent les gens sont ok pour un support dans le magazine de la ville, une photo, mais un support quoi. Après on n’a plus le droit d’utiliser la photo sur d’autres supports. C’est très compliqué. Donc on est obligé d’aller chercher dans des banques d’images et on n’a pas forcément des choix très pertinents ou en tout cas qui correspondent exactement à ce qu’on veut. En fait, on fait un peu du générique, donc c’est un peu compliqué de viser et puis voilà. On fait, comme je vous disais, une com généraliste et on vise le plus de monde possible, donc on ne va pas rentrer dans le détail. Après on a une com spécifique pour les femmes autour du cinéma. Donc, c’est organisé par le par le service culture qui s’appelle « Les femmes font leur cinéma ». Et donc là c’est vraiment l’événement qui est fait pour les femmes, c’est à dire qu’ elles ont des films juste pour elles qui parle des femmes, donc qui sont choisies par des assos etc. Avec des séances, pour (je crois) deux euros la séance. Enfin c’est vraiment très très accessible. Et ces séances, elles ont lieu avant la sortie des écoles pour les femmes qui ne travaillent pas et qui ne peuvent le soir, si elles vont chercher leurs enfants etc. Et à la suite des films, il y a des débats qui sont organisés une semaine après, il y a des horaires comme quatorze heures pour que justement elles puissent y aller et débattre des films. Donc c’est une manière d’ouvrir la culture a des personnes qui n’ont pas forcément accès ou qui n’iraient pas. En revanche, en termes de com, c’est très très sobre. Moi j’ai fait un truc avec plusieurs portraits de femmes mêlées. Donc oui, il y a quatre visages qui sont un peu superposés et pareil, c’est de la banque d’images, j’ai essayer de trouver une femme plus âgée pour montrer une certaine diversité. Après on essaie de faire au mieux et que ce soit parlant quoi.





Et est ce que vous avez déjà eu des retours, qu’ils soient positifs ou négatifs par rapport à de la communication, des affiches que vous avez faites, que ce soit par les habitants ou les commanditaires ?

Alors je pense que les mauvais retours, on ne les donne pas. Ça c’est plutôt sympa. Alors sur l’inclusivité, non, pas spécialement. En gros, les retours que j’ai, c’est « assez sympa », « c’est joli » ou alors « je n’aime pas le vert ». Voilà, on a on a eu des retours sur un magazine qui s’appelle « Alternatif », qui sort deux fois par an. Et effectivement, on a eu un retour sur sur le fait qu’il n’y avait pas assez de personnes racisées dans les articles mis en avant, mais enfin, c’est des articles qui mettent en avant des entreprises, des initiatives. Donc on fait un petit peu en fonction de ce qu’on trouve. Ce n’est pas forcément un choix spécifique de mettre que des blancs. C’est pas une politique, c’est vraiment pas de bol quoi. Donc ouais, on a eu ce retour là . Mais bon, ça après nous on parle d’initiatives, on parle d’entreprises, après parfois on fait un portrait d’une personne, d’un artiste ou d’un sportif ou là on peut effectivement, parce qu’ il y a un vivier tellement important que là, oui, on peut effectivement faire des choix à ce niveau là. Mais sinon après sur les entreprises, c’est pas de notre faute quoi. Après on fait beaucoup de campagnes plus ciblées pour les jeunes, parce qu’on est une ville où il y a beaucoup de jeunes, très dynamique. Donc, l’année dernière, on a fait une campagne de com qui s’appelle « Roubaix.fr c’est tneket ». Peut être que vous l’avez vu passer parce qu’il y a eu un petit affichage, il y a eu des flyers qui ont été déposés, notamment à l’ésaat parce qu’on avait vraiment ciblé les établissements d’enseignement supérieur, les CROUS et puis les lieux culturels où vont les jeunes etc. Et donc là, je représente pas de jeunes en fait, c’était vraiment que du texte parce qu’ est ce que est ce que vous, en tant que jeune, est-ce que ça vous parle plus d’avoir une photo de quelqu’un qui vous ressemble ou est ce que c’est le message qui vous importe plus? Qu’est ce qui vous attire le plus ?





Bah en soit ça dépend de tout un chacun, mais j’avoue que j’apprécie quand il y a un visuel après pas forcément des étudiants ou quoi, mais quand c’est une affiche qui est vraiment travaillée avec des effets de texte, ou même si elle n’est pas ultra visible, si le design et le visuel est bien, je vais me pencher dessus et je vais regarder. Après ça, c’est parce que je suis en graphisme. On est les premiers à récupérer les prospectus, même si on n’est pas forcément intéressé par ce qu’il y a dedans, mais au moins pour la beauté de la chose.

Ouais donc c’est ça en fait, vous comme moi, on est complètement déformé, on a une culture visuelle qui est forte, on a une appétence pour tout ce qui brille, on va dire. Mais est ce que l’habitant lambda va être attiré par les mêmes choses ? C’est vrai que c’est un peu compliqué et on en sait rien. Après, quand on fait un événement, on peut mesurer le nombre de gens qui sont là. Est ce que ça a marché? Est ce que ça n’a pas marché? Est ce que c’est du fait de la com? Est ce que c’est du fait de l’événement en lui-même ?





Et donc, si j’ai bien compris, vous êtes la seule graphiste à la mairie de Roubaix ?

Oui, c’est ça.





Donc si c’est pas trop indiscret, depuis combien de temps vous êtes là et est-ce que vous avez remarqué des évolutions par rapport à ça ?

Alors moi je suis arrivé à la fin des années deux mille, je suis arrivée en deux mille neuf. En fait, moi j’ai évolué dans ma pratique, mais ça c’est normal, comme tout le monde. Mais en termes d’inclusivité, non. Alors quand je suis arrivée, je mettais beaucoup plus d’humain, mais parce qu’on me demandait de mettre de l’humain. Ma hiérarchie me demandait de mettre de l’humain et quand ma hiérarchie est partie (a changé) et je n’en mets plus parce que justement je trouve que c’est un peu piégeux et que j’ai pas envie qu’on me reproche justement de ne pas être représentative de la diversité. Et pour moi c’est compliqué de représenter la diversité.





C’est ça un peu le piège. Avec l’inclusion, il peut y avoir des personnes qui sont vraiment pour, comme l’écriture inclusive et des personnes qui trouvent que c’est une destruction et que c’est quelque chose de vraiment néfaste de penser à ce genre de choses. Donc ça, quand on veut plaire à tout le monde, forcément c’est compliqué d’aller sur ces terrains là.

Oui, tout à fait.





Et donc c’est aussi peut être personnel, le fait de représenter des animaux ?

C’est vraiment perso en fait. Moi j’aime bien les illustrations, j’ai un statut d’auto-entrepreneur, je fais de l’illustration à côté et c’est mon c’est mon kiff quoi. Donc voilà, je fais des animaux et c’est vrai que j’ai commencé à faire des petits animaux mignons, même pour d’autres événements. J’ai déjà fait ça pour des étudiants il y a très longtemps, avec une girafe, avec un hoodie et je trouve qu’en plus l’animal, ça peut être tout et n’importe quoi.





Oui, tout le monde peut s’identifier.