Introduction
Le constat
Les limites
Les alternatives
En conclusion...

Diversity is a fact. Equity is a choice. Inclusion is an action. Belonging is an outcome. "La diversité est un fait. L’équité est un choix. L’inclusion est une action. L’appartenance est un résultat."

Arthur Chan

VP DEI (vice‑président de la diversité, de l’équité et de l’inclusion)
chez Planned Parenthood Mar Monte, (USA)




Introduction

En 2025, la ville de Strasbourg a effectué une campagne d’affichage afin d’obtenir le label "ami des aînés" initié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette campagne est constituée de huit portraits de seniors Strasbourgeois·es, posant en souriant sur un fond uni avec le slogan suivant : « Strasbourg la douceur de ville ». Un des portraits est celui de Nacera, 66 ans, une habitante qui porte le voile. Face à cette campagne,
sur de nombreuses plateformes les commentaires et critiques fusent. La mairie de Strasbourg est notamment accusée sur X (anciennement Twitter) par une militante des Républicains de faire de la propagande islamiste comme en témoigne le hashtag #Strasbourgistan. Pourtant, Nacera réside bien à Strasbourg et est active au sein de sa ville. C’est pourquoi, suite à ces critiques, Jeanne Barseghian, la maire écologiste de Strasbourg se dit choquée, que des habitants de sa ville puissent être pris pour cible, surtout « des personnes qui s'engagent dans des associations ou dans les ateliers participatifs sur la politique seniors ».
Cet événement conforte l'idée que la communication institutionnelle des mairies peut participer au renforcement des stéréotypes ou au contraire les déconstruire si elle le souhaite.







Le graphisme, en tant que langage visuel, joue un rôle important dans la manière de représenter l'autre. Lorsqu'une mairie communique, elle ne diffuse pas seulement une information pratique, elle construis une image collective, une identité visuelle qui influence la perception que les habitants ont d'eux-mêmes et des autres. Chaque affiche, que ce soit au niveau de l'image, rédactionnel ou même du choix typographique participe à une culture visuelle ayant des conséquences directes pour notre société. La représentation de minorités ou l'inclusivité, ce n'est pas seulement montrer une diversité de visages. C'est surtout un questionnement : qui est montré ? comment ? dans quel contexte ? et surtout, qui est absent ? La problématique étant :

dans quelle mesure la communication graphique des mairies participe-t-elle à la déconstruction ou au renforcement des stéréotypes ?


Le tout dans le contexte des vingt-cinq dernières années. Pour cela nous aborderons l’inclusivité dans son contexte d’émergence, mais aussi dans ses limites et ses alternatives.

Portrait Nacera 1 Portrait Nacera original
Portrait Nacera 2 Portrait original 8

LE CONSTAT

Une avancée collective

Les mairies gèrent de manière individuelle leurs communications et ne dépendent pas de l’État pour celles-ci, c’est pourquoi elles ont progressivement pu intégrer, pour certaines, la notion d’inclusivité dans leur communication, que ce soit pour des raisons éthiques ou stratégiques. Selon l'agence de design UX La grande Ourse, le design inclusif est une approche qui prend en compte la diversité humaine dans la conception du produit (affiches, campagnes institutionnelles, supports numériques, etc.) L’objectif étant de représenter la diversité sociale, culturelle, et générationnelle de la population via la typographie, l’écriture, le visuel (photographie et illustration) et la composition. Le design inclusif est donc souvent présenté comme une démarche éthique, ouverte et progressiste qui a su fédérer autour d’elle de nombreux adeptes mais aussi de nombreux détracteurs.

Un enjeu majeur

Cette idée d’inclusivité n’est pas arrivée de nulle part. En effet, nombreux sont celles et ceux, notamment dans la sphère activiste, à vouloir être d’autant plus représentés et intégrés à la société, que ce soit dans l’espace publique ou dans les moeurs. La notion d’inclusivité s’est alors imposée comme une revendication et un enjeu majeur dans la communication publique. Elle s’exprime à travers différentes formes : représentation de minorités visibles, mise en avant de la mixité, prise en compte des handicaps, ou encore neutralité de genre. Tout cela pour répondre à une demande sociale croissante et à des directives politiques favorisant la participation et la reconnaissance de tous les citoyens. En ce sens, Bye Bye Binary, une collective franco-belge fondée en 2018 a décidé de créer des typographies non-genrées et accessibles au plus grand nombre, ce qui fait de cette collective un moteur direct pour l’avancée de l’inclusivité.

Comme on peut le voir avec leur typographie nommée BBB DM Sans, qui utilise un jeu graphique avec un entrelacement des caractères et des ligatures qui permettent plus de profondeur avec la superposition légère des caractères .


Elle reste sobre, lisible et moderne, ce qui facilite son usage tout en conservant la revendication de base qui est d’inclure le féminin face à une grammaire qui privilégie le genre masculin.


Portrait Nacera 2 Portrait original 8


Portrait Nacera 2 Portrait original 8


LES LIMITES

une com’ pavée de bonnes intentions

Déconstruire ces clichés visuels requiert une attention particulière, car le but est de ne pas tomber dans le « piège de l'inclusivité ». En effet, l’inclusivité se heurte souvent à des contraintes institutionnelles ou esthétiques, car certains veulent être inclusifs sans « heurter », ce qui peut conduire à une représentation consensuelle, voire dépolitisée de la diversité. Cet aspect dépolitisé de l’inclusivité,ou en prend les codes mais pas le contexte peut mener à des dérives comme le pinkwashing, qui se présente selon bnau le média d’alternego quand les entreprises communiquent leur engagement sur le sujet LGBT+ (ou en mobilisent les symboles) à des fins perçues comme purement économiques/marketing. On communique pour l’image que donne l’inclusivité. C’est pourquoi Michael Buckley met en garde contre ce qu'il appelle « the moral illusion of inclusive design » (l'illusion morale du design inclusif).

Il critique une posture devenue dogmatique : inclure tous les publics à tout prix, ce qui peut conduire à des compromis contre-productifs, appauvrir le propos visuel ou figer la créativité dans des obligations normatives. Il critique une utilisation de l’inclusivité qui, au fur et à mesure, perd de son contexte, de sa signification. Pour lui, le design inclusif, s'il est mal appliqué, devient une façade morale, détachée des véritables enjeux d'usage. Ce biais qui consiste à utiliser l’inclusivité de cette manière a notamment été mis exergue par Antionette Carroll qui dénonce le fait de représenter des minorités sans leur donner de pouvoir décisionnel dans les processus créatifs, ce qui revient à une forme de tokénisme. Le tokénisme étant, selon "le blog" : la politique ou la pratique consistant à faire un geste superficiel pour l’inclusion des membres des groupes minoritaires. Cet effort symbolique est généralement destiné à créer une apparence d’inclusivité et à détourner les accusations de discrimination

Une rupture du cycle

Le manque de formation et l’habitude institutionnelle peuvent accentuer le problème dans la prise en compte de ces questions. Peut être dû au manque d’échanges avec les publics concernés ou à une façon de procéder, la communication peut involontairement renforcer des clichés qu’elle souhaitait combattre à la base. Tout comme avec le FALC (Facile À à Lire et à Comprendre, avoir une formation), même si elle est de courte durée, une formation pourrait aider à mieux comprendre le contexte dans lequel s’inscrit l’inclusivité. Cette préoccupation peut aussi toucher les ressources utilisées pour les visuels. Effectivement utiliser des photos venant d’IA générative peut transmettre des stéréotypes selon le modèle mais aussi selon le prompt comme peut en témoigner une étude faite en 2024 sur « Bias in Generative AI » (les biais de l’IA générative)(voir les références), dont les résultats montrent par exemple que les femmes sont sous-représentées par rapport aux hommes (pour les femmes : 23 % (Midjourney), 35 % (Stable Diffusion), 42 % (DALL·E 2) et pour les hommes : 77 % (Midjourney), 65 % (Stable Diffusion), 58 % (DALL·E 2)), sachant que l'étude s'est portée sur trois IA génératives (visuelles) : Midjourney, Stable Diffusion et DALL·E 2.

LES ALTERNATIVES

Une implication qui s’adapte

On peut aussi se pencher sur le rôle du graphiste pas seulement comme un simple « technicien », mais comme acteur de transformation sociale. Sachant que plusieurs degrés d’implication sont possibles (voir l’annexe). L’adapter au contexte et au public pourrait favoriser l’inclusion sans pour autant l’imposer comme une nouvelle norme. Par exemple, l’écriture inclusive avec un point médian, la typographie inclusive (qui fait appel à une modification directe du caractère) et la « “tournure de phrase »” (utilisation de mots non genrés) sont trois moyens différents d’inclure et de considérer le genre. Cependant, elles témoignent d’une intention commune : démasculiniser ou débinariser la langue. De la même façon, on peut choisir d’utiliser des photos / illustrations dans des banques d’images (même si elles montrent une vision idéalisée des habitants) ou de prendre directement en photo les habitants tout en étant conscient des biais et des stéréotypes qu’on peut ou non transmettre.

Une idée parmi tant d’autres

Plusieurs alternatives sont possibles. Par exemple, on peut considérer qu’une méthodologie collaborative, intégrant les publics concernés dès la conception du message, pourrait améliorer la représentation des différents citoyens, sachant que cette implication pourrait dynamiser la communication des mairies et l'enthousiasme des habitants à s’impliquer dans leurs villes. Ce travail collectif favorise une représentation plus juste, car ancrée dans le vécu des personnes et non dans une vision extérieure. On peut aussi tester d’autres modes de travail expérimentations visuelles avec des visuels plus abstraits ou plus expressifs. À titre d’exemple, Amandine Derachinois, graphiste / responsable de la création à la mairie de Roubaix, utilise parfois des animaux à la place d’humains pour certaines de ces productions, ce qui permet de s’identifier d’une manière différente au support qui est donné.



Portrait Nacera 2 Portrait original 8




En conclusion...

De ce fait, le graphisme en tant qu’outil politique et engagé peut figer une vision uniformisée de la citoyenneté, ou au contraire refléter les nuances sociales, culturelles, générationnelles d'un territoire. Cette responsabilité appelle donc à une vigilance éthique car un visuel n'étant jamais neutre, la transmission de celui-ci peut témoigner de la relation ou de la vision qu’ont les mairies des citoyens et citoyennes à qui elles s’adressent ou qu’elles représentent . Les mairies quant à elles, jouent un rôle de messager et de modèle face à un public et une société qui évoluent continuellement. Derrière les images choisies se jouent des rapports de pouvoir, des récits dominants ou invisibilisés. C’est au-delà du discours, que l'on a le pouvoir et le devoir de poser des images et des mots sur des causes importantes afin de participer à la formation d’une société plus juste. Le tout permettant par la même occasion une réflexion sur le besoin d'une réelle collaboration avec les personnes concernées, d’une phase de recherche approfondie, et d’une vigilance face aux outils comme l'intelligence artificielle, qui peuvent conduire à des biais. Comprendre avant de représenter, c'est éviter que l'inclusivité ne devienne une case à cocher, et œuvrer à la déconstruction des stéréotypes, plutôt qu'à leur renforcement.


Waroux Miriame

DN MADe DG3 - supports connectés
ESAAT de Roubaix
Décembre 2025

Site crée et développé par Waroux Miriame.

Je tiens sincèrement à remercier tous mes professeurs et plus particulièrement Serge Denneulin et Olivier Koettlitz, qui m'ont grandement aidé, en m'accompagnant dans cet effort d'écriture tout au long du processus. Un grand merci à Amandine Derachinois, avec qui j'ai pu m'entretenir au cours d'une interview très enrichissante. Et des remerciements à tous mes camarades dont Alicia Coudray-Balon, Romane Pasco, Lindsay Tang et Océane Andouche-Valcke, dont les encouragements et les conseils m'ont permis de vivre cette expérience de la meilleure des façons. Merci pour cette expérience.