Interview
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et raconter brièvement votre parcours ainsi que ce qui vous a conduit vers le design et le développement web ?
Je me décrit généralement comme quelqu'un qui a toujours vécu entre deux mondes, tant sur le plan culturel que créatif. Je suis né à Singapour et je vis aujourd'hui à Tokyo. Ayant grandi dans ce mélange, j'ai pris conscience de la manière dont les identités se mélangent et évoluent, et ce sentiment d'hybridité a naturellement façonné ma façon de travailler. J'ai toujours été attiré par le point de rencontre entre l'expression visuelle et les systèmes qui la soutiennent. Lorsque j'ai découvert le web, j'ai eu l'impression d'avoir trouvé le terrain idéal, car il me permettait de façonner à la fois la surface, c'est-à-dire l'interface, et la structure sous-jacente qu'est le code. C'est aussi la raison pour laquelle mon site s'appelle Lax Space. Il combine mon nom et l'idée d'un espace dédié à la créativité et à l'interaction.
Mon parcours dans le domaine du design et du développement n'est pas le fruit d'un seul tournant décisif. Il est né de ma curiosité et du simple plaisir de donner vie aux choses. J'étais fasciné par la façon dont quelques lignes de code pouvaient transformer une mise en page plate en quelque chose qui bougeait, réagissait et véhiculait des émotions. Cette curiosité est finalement devenue ma carrière. J'ai appris à penser visuellement en tant que designer et structurellement en tant que programmeur, et j'aime passer d'une perspective à l'autre. À mesure que la technologie évolue, notre capacité à élargir les possibilités d'un site web évolue également, ce qui rend le travail passionnant et plein de possibilités.
Si nous nous entretenons aujourd’hui, c’est grâce au design de votre portfolio numérique : il m’a permis de découvrir qui vous étiez et ce que vous faisiez. Le portfolio étant à la fois un site personnel et un site marchand, comment abordez-vous la question de l’expression de soi dans celui-ci ?
Mon portfolio se situe quelque part entre un autoportrait et une vitrine professionnelle. Il doit exprimer qui je suis tout en communiquant clairement avec mes clients et collaborateurs. Je le considère comme un espace où ces deux aspects se rencontrent. Les éléments personnels, tels que mes goûts visuels et les petites excentricités dans les interactions, aident les gens à comprendre ma personnalité. En même temps, je garde la structure claire et le contenu simple, car la plupart des visiteurs viennent chercher des réponses rapides et pratiques sur mon travail.
Pour moi, l'expression de soi est une forme d'honnêteté. Je préfère montrer comment je pense et comment je construis plutôt que de m'appuyer sur un gabarit générique. Cette franchise donne aux gens une idée claire de l'expérience qu'ils auront en travaillant avec moi. Même lorsque je présente des projets commerciaux, l'atmosphère générale reste la même, ce qui rend l'espace authentique et cohérent. Cela permet également d'attirer le bon type de clients. Lorsque le portfolio reflète ma personnalité, il devient plus facile pour les personnes qui partagent la même énergie de se connecter à mon travail. Cette harmonie favorise de meilleures collaborations et des projets qui semblent naturels pour les deux parties.
Aujourd’hui, des normes universelles et un langage visuel propre aux sites se sont mis en place (barre de navigation, hamburger menu…). Cela permet de créer des points de repères qui rendent l’expérience utilisateur plus rapide et intuitive et il est vu comme bénéfique de respecter ces “règles” (il existe d’ailleurs des outils comme Wordpress, Squarespace, etc. avec des templates prêts à l’emploi qui permettent de faciliter la tâche). Selon vous, comment peut-on, dans ce contexte, articuler singularité et efficacité dans la création d’un espace numérique ?
Nous vivons à une époque où les normes web sont bien établies. Les barres de navigation, les menus hamburgers, les grilles de mise en page et les modèles prêts à l'emploi créent un environnement familier qui aide les gens à se déplacer rapidement. Ces conventions sont puissantes car elles réduisent la charge cognitive et facilitent les actions de base. J'apprécie cette efficacité et je l'utilise chaque fois qu'elle sert l'objectif du site.
Dans le même temps, l'uniformité peut rendre le Web prévisible. La singularité est importante car elle crée une atmosphère et une identité. Lorsqu'une personne arrive sur un site qui semble distinct, cet espace devient mémorable. L'équilibre vient de l'intention. J'utilise des modèles conventionnels pour les tâches essentielles et j'ajoute de l'originalité aux endroits où l'émotion et la personnalité ont le plus d'impact. Un site peut rester intuitif tout en exprimant un point de vue clair et confiant.
Une grande partie de mon approche provient du traditionnel design graphique print. Je réfléchis à l'espace, au poids visuel et à la direction, que ce soit à travers des lignes visibles ou des indices subtils. Ces détails guident le regard et créent un sentiment de présence. Un site n'a pas besoin d'être radicalement différent pour être unique. Souvent, la singularité provient des petits détails, du choix des couleurs, du rythme de la mise en page ou de la personnalité que vous insufflez dans les petits moments.
C’est similaire à la manière dont chaque maison a un canapé, une table et une télévision. La structure est la même, mais chaque maison est différente en raison des choix de couleurs, d’espacement et de forme. Lorsque vous appliquez cette idée à la conception web, vous obtenez un site à la fois fonctionnel et personnel. Il reste suffisamment familier pour que les utilisateurs puissent y naviguer facilement, tout en étant suffisamment distinctif pour laisser une forte impression.
Nous avons abordé la dimension personnelle des sites, j’aimerais donc discuter maintenant de la spatialisation de l’environnement numérique. Lorsque vous concevez des sites, avez-vous l’impression de construire plutôt des outils, des expériences ou des espaces de vie ?
Lorsque je conçois ou développe un site web, je considère cela comme la création d'un espace de vie, un lieu où les gens peuvent s'attarder, explorer et jouer avec ce qu'ils rencontrent avant de passer à la section suivante. J'imagine l'utilisateur parcourant le site comme s'il se promenait dans les salles d'une galerie, remarquant les détails, ressentant les ambiances et emportant avec lui des impressions qui resteront gravées dans sa mémoire. Cette idée de narration spatiale guide tous les choix que je fais, de la mise en page à l'interaction en passant par le rythme.
Par rapport à votre réponse à la question précédente, quel est votre avis sur la finalisation d’un site : peut-on considérer que le site est fini lorsque son code et son design ont été complétés, ou faut-il attendre que celui-ci soit utilisé par un internaute pour annoncer la finalisation ?
Je ne considère jamais un site comme terminé dès lors que le code est compilé et que le design semble correct. À ce stade, il ressemble à une maison vide qui attend ses premiers invités. La véritable finalisation intervient lorsque les gens commencent à l'utiliser. Leurs actions, leurs attentes et leurs habitudes révèlent comment l'espace se comporte dans le monde réel. Parfois, ils le parcourent d'une manière que je n'avais pas anticipée, et cela fait partie de son évolution.
En ce sens, un site web mûrit grâce à l'interaction. Les commentaires inspirent des améliorations, et l'utilisation réelle donne vie à la structure. À mesure que la technologie s'améliore, nous pouvons faire plus, en créant des interactions plus riches et plus significatives qui améliorent l'expérience. Le monde numérique est fluide, de sorte que même un site perfectionné continue d'évoluer en fonction des nouveaux besoins et des nouvelles possibilités. Je considère cette évolution continue comme l'un des aspects intéressants du travail sur le Web : il n'est jamais statique ; il est toujours vivant et plein de potentiel.
Avec Design Rigs, vous simplifiez le travail des programmeurs tout en rendant le code plus accessible grâce à une interface qui permet de le modifier d’une manière beaucoup plus intuitive que des lignes de codes. En quoi la compréhension du code et du fonctionnement d’un site peut-elle influencer la manière dont les utilisateurs s'approprient et se saisissent du Web, d’après votre expérience ?
Design Rigs a été créé pour rendre le processus de codage plus rapide et intuitif en permettant aux utilisateurs de générer et de modifier du code visuellement via une interface utilisateur plutôt que de modifier des chiffres sur un écran de texte. J'ai toujours pensé que plus on peut expérimenter et apporter des modifications rapidement, plus on a la liberté d'explorer des idées, de prendre des risques et de découvrir de nouvelles possibilités créatives. Design Rigs existe pour faciliter ce processus et rendre l'expérimentation accessible à un plus grand nombre de personnes.
Même avec les technologies incroyables disponibles aujourd'hui, il existe encore des limites à ce qui peut être fait sur le Web. Il est essentiel de comprendre ces limites pour concevoir des sites qui soient non seulement créatifs, mais aussi réalisables. En même temps, trouver des moyens de contourner ces limites est comme un puzzle : c'est difficile, gratifiant et très amusant.
Apprendre à coder, même en tant que designer, ouvre une toute nouvelle façon de penser les espaces numériques. Cela vous donne du contrôle sur votre travail, vous permet de façonner des expériences d'une manière que les templates seuls ne peuvent pas offrir, et transforme le Web d'une toile statique en un terrain de jeu que l’on peut s’approprier et où l’on peut expérimenter et itérer.
Jusque là, je m’adressais à vous en tant que designer, mais j’aimerais maintenant entendre votre avis d’utilisateur. Dans votre usage d’Internet, avez-vous l’impression « d'être »sur le Web ? Et que signifie, pour vous, le fait d'habiter un espace numérique ?
J’ai souvent l’impression de me déplacer dans une vaste collection de lieux plutôt que de scroller à travers un seul et unique système. Chaque site ou application a son propre ton, son propre rythme, sa propre culture et sa propre identité visuelle. Certains renvoient à l'impression de pièces calmes. D’autres à celle des rues animées. L’atmosphère détermine mon comportement, la durée de la visite et ce que je choisis de partager.
Habiter un espace numérique signifie interagir, créer, communiquer et parfois laisser des traces de soi. C’est similaire à la vie dans une ville. Vous avez vos itinéraires habituels, les coins que visitez lorsque vous avez besoin de réconfort, les endroits où vous ne vous rendez qu’occasionnellement mais que vous appréciez à chaque fois. Ayant vécu dans différents pays, j’apprécie ce sentiment. Le Web devient un paysage parallèle où vous pouvez vous sentir chez vous de multiples façons. Il est à la fois personnel et communautaire, intime et expansif. Cela en fait un lieu plein de sens à habiter.
Traduit avec DeepL.com
To begin, could you introduce yourself and briefly talk about your background as well as what led you to design and web development ?
I usually describe myself as someone who has always lived between places, both culturally and creatively. I was born in Singapore and now I live in Tokyo. Growing up inside that mix made me very aware of how identities blend and evolve, and that sense of hybridity naturally shaped the way I work. I have always been drawn to the meeting point between visual expression and the systems that support it. When I discovered the Web, it felt like the perfect landscape because it let me shape both the surface, meaning the interface, and the underlying structure of the code. That is also why my site is called Lax Space. It combines my name with the idea of a space dedicated to creativity and interaction.
My path into design and development never came from a single turning point. It grew out of curiosity and the simple joy of making things feel alive. I was fascinated by how a few lines of code could transform a flat layout into something that moved, reacted and carried emotion. That curiosity eventually became my career. I learned to think visually as a designer and structurally as a programmer, and I enjoy shifting between those two perspectives. As technology grows, our ability to expand what a website can be grows with it, which keeps the work exciting and full of possibilities.
If we are doing this interview today, it’s thanks to the design of your digital portfolio since it allowed me to discover who you were and what you make. Since the portfolio is both a personal website and a commercial one, how do you approach the question of self-expression within it ?
My portfolio sits somewhere between a self portrait and a professional storefront. It needs to express who I am while still communicating clearly to clients and collaborators. I think of it as a space where those two sides meet. The personal elements, such as my visual taste and the small quirks in the interactions, help people understand my personality. At the same time, I keep the structure clean and the content straightforward because most visitors come looking for quick and practical answers about my work.
For me, self expression is a form of honesty. I prefer showing how I think and how I build rather than relying on a generic template. That openness gives people a clear sense of the experience they will have when working with me. Even when I present commercial projects, the overall atmosphere stays consistent so the space feels genuine and coherent. It also helps attract the right kind of clients. When the portfolio reflects my personality, it becomes easier for people who share the same energy to connect with the work. That alignment creates better collaborations and projects that feel natural on both sides.
Today, universal standards and a visual language specific to websites have been established (navigation bar, hamburger menu…). These create reference points that make the user experience faster and more intuitive, and following these “rules” is seen as beneficial (there are even tools like Wordpress, Squarespace… with ready-to-use templates that make the task easier). In your opinion, in this context, how can one equilibrate uniqueness / singularity and efficiency in the creation of a digital space ?
We live in a time where web standards are well established. Navigation bars, hamburger menus, grid layouts and ready made templates create a familiar environment that helps people move quickly. These conventions are powerful because they reduce cognitive load and make basic actions effortless. I value that efficiency, and I use it whenever it supports the purpose of the site.
At the same time, uniformity can make the Web feel predictable. Uniqueness matters because it creates atmosphere and identity. When someone arrives on a site that feels distinct, the space becomes memorable. The balance comes from intention. I use conventional patterns for essential tasks and add originality in the places where emotion and personality have the most impact. A site can stay intuitive while still expressing a clear and confident point of view.
A lot of my approach comes from traditional print design. I think about space, visual weight and direction, whether through visible lines or subtle cues. These details guide the eye and create a sense of presence. A site does not need to be radically different to feel unique. Often the character comes from the fine details, the way colors are chosen, the rhythm of the layout or the personality you embed in the small moments.
It is similar to how every home has a sofa, a table and a television. The structure is the same, yet every home feels different because of the choices in color, spacing and shape. When you carry that idea into web design, you end up with a site that is both functional and personal. It stays familiar enough for users to navigate easily, yet distinct enough to leave a strong impression.
We’ve talked about the personal dimension of websites, so I would now like to discuss the spatialization of the digital environment. When you design websites, do you feel like you are building tools, experiences, or living spaces ?
When I design or develop a website, I see it as creating a living space, a place where people can linger, explore, and play with what they encounter before moving on to the next section. I imagine the user traveling through the site like walking through rooms in a gallery, noticing details, feeling moods, and taking away impressions that stay with them. That idea of spatial storytelling guides every choice I make, from layout to interaction to pacing.
Regarding your answer to the previous question, what is your opinion on the completion of a website : can we consider a site finished once its code and design have been completed, or must we wait for it to be used by someone before declaring it finished ?
I never consider a site finished the moment the code compiles and the design looks correct. At that stage, it feels like an empty home waiting for its first guests. The real completion happens when people start using it. Their actions, expectations, and habits reveal how the space behaves in the real world. Sometimes they move through it in ways I did not anticipate, and that becomes part of its growth.
In that sense, a website matures through interaction. Feedback inspires refinement, and real usage adds life to the structure. As technology improves, we can do more, creating richer and more meaningful interactions that enhance the experience. The digital world is fluid, so even a polished site continues to evolve with new needs and possibilities. I see that ongoing evolution as part of the beauty of working on the Web ; it is never static, always alive, and full of potential.
With Design Rigs, you simplify the work of programmers while making code more accessible through an interface that allows it to be modified in a much more intuitive way than lines of code. In your experience, how can understanding code and the functioning of a website influence the way users engage with the Web and make it their own ?
Design Rigs was created to make the coding process faster and more intuitive, allowing people to generate and modify code visually through a user interface rather than tweaking numbers on a text screen. I’ve always believed that the faster you can experiment and make changes, the more freedom you have to explore ideas, take risks, and discover new creative possibilities. Design Rigs exists to smooth that process and make experimentation accessible to more people.
Even with the incredible technologies available today, there are still limitations to what can be done on the Web. Understanding those boundaries is crucial for designing sites that are not only creative but also feasible to build. At the same time, finding ways to work around these limitations is like a puzzle ; it’s challenging, rewarding, and a lot of fun.
Learning to code, even as a designer, opens up a whole new way of thinking about digital spaces. It gives you agency over your work, allows you to shape experiences in ways templates alone cannot, and transforms the Web from a static canvas into a playground where you can experiment, iterate, and truly make it your own.
Finally, up to now I’ve been addressing you as a designer, but I would now like to hear your perspective as a user. In your daily use, do you have the impression of being on the Web ? And what could it mean, for you, to inhabit a digital space ?
I often feel like I am moving through a vast collection of places rather than scrolling through a single system. Each site or app has its own tone, rhythm, culture and visual identity. Some feel like quiet rooms. Others feel like busy streets. The atmosphere shapes how I behave, how long I stay, and what I choose to share.
To inhabit a digital space means to interact, create, communicate and sometimes leave traces of yourself behind. It is similar to living in a city. You have your usual routes, the corners you visit when you need comfort, the places you enter only occasionally but enjoy every time. As someone who has lived across different countries, I appreciate that feeling. The Web becomes a parallel landscape where you can belong in multiple ways. It is both personal and communal, both intimate and expansive. That is what makes it a meaningful place to inhabit.