Étude de cas : Bernard Chadebec
designer graphique
Cette étude de cas est consacrée à Bernard Chadebec, figure marquante du design graphique français. Il est principalement reconnu pour son travail d’affichiste réalisé au sein de l’INRS entre 1965 et 2005. Mon étude de cas vise à explorer et à développer ce que Chadebec lui-même identifiait comme l’un de ses objectifs graphiques fondamentaux :« On a affaire à un milieu où c’est la confusion qui règne. Ce n’est pas fait pour les affiches ! (…) J’ai toujours considéré que l’affiche devait faire tache, c’était la seule manière d’attirer le regard sur elle. »
À travers l’exploration de ses choix visuels et de ses procédés de travail, il s’agit de comprendre comment Chadebec a su répondre à ce besoin : concevoir des affiches capables de s’imposer dans un environnement complexe, saturé et peu propice à la communication visuelle. Cette étude analysera alors la manière dont il a développé un langage graphique singulier, alliant simplicité, humour et efficacité, afin de capter l’attention et de transmettre un message clair dans un contexte où l’affiche risquait de disparaître dans la confusion générale.
Nous allons tout d’abord identifier le public cible de ces affiches, destinées à être affichées dans les entreprises : ateliers, usines, chantiers, entrepôts, bureaux ou zones de production. Imprimées et distribuées en plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, leur portée s’est toutefois révélée un peu plus large, puisqu’on a pu les retrouver dans des lieux tels que les écoles, les mairies ou d’autres espaces publics à forte visibilité. Pour ma part, j’en garde un souvenir très précis : quelques affiches de Chadebec étaient accrochées aux murs de la cantine de mon école primaire, et elles m’ont suffisamment marqué pour que je m’en souvienne encore aujourd’hui. Mais pourquoi ses affiches nous marquent-elles et se remarquent-elles ? La réponse se trouve dans son style graphique et sa liberté de ton.
On reconnaît Chadebec à ses constantes, parmi lesquelles la technique du papier découpé, les aplats de couleurs vives choisis pour attirer le regard, ainsi que les formes géométriques combinées afin de structurer les volumes. Il recherche un style décalé, qu’il trouve dans le comique de situation, la métaphore ou la transposition. Son travail graphique est étroitement lié à des messages de prévention tels que : « Méfiez-vous d’un mécanisme inconnu », « Ne vous trompez pas de chaussures » ou encore « Ne faites pas l’acrobate ». Des phrases simples et percutantes qui donnent le ton de son travail. Dans des milieux industriels tels que les usines ou les bureaux, les affiches de l’INRS réalisées par Chadebec ne passent pas inaperçues : une touche de couleur dans un atelier, un trait humoristique dans un bureau, etc. Cependant, son travail reste pertinent, car il s’inscrit dans l’évolution des affiches de sécurité entre les années 1950 et 1970, période durant laquelle on passe d’une représentation réaliste et culpabilisante des accidents à une approche centrée sur la responsabilisation et la prévention positive.
Ainsi, ses affiches « font tache » parce qu’elles se détachent nettement de leur environnement, attirant immédiatement le regard et incitant le destinataire à réfléchir aux consignes de sécurité de manière plus légère, tout en restant impactantes grâce à la répétition liée à la fréquentation régulière de ces lieux. Cette capacité à se démarquer dans le brouhaha visuel et à transmettre un message clair illustre la pertinence de son approche graphique, à la fois efficace, pédagogique et profondément ancrée dans les évolutions de son époque.