L’expression de la liberté : la route comme support, sujet, objet de l’affiche
La voiture devient un espace de liberté, un moyen de s’échapper, de vivre intensément. La publicité célèbre cette domination de l’homme sur la machine et la nature, transformant chaque trajet en aventure et chaque route en terrain de conquête. Dès 1960, des ouvrages comme Quatre saisons13, contiennent les photographies d’André Martin, surnommé « le stakhanoviste du talent »14, posent les codes visuels de cet imaginaire. Des campagnes plus récentes, comme The Originals15 pour Renault, prolongent ces représentations en modernisant la narration. Les codes de représentation s’installent durablement, jusqu’à l’ère numérique.
La publicité glorifie la domination de l’homme sur la machine et la nature par des jeux d’échelle, des cadrages audacieux et l’omniprésence de l’automobile, des cadrages audacieux et l’omniprésence de l’automobile, qui devient conquérante et prend le dessus sur les paysages. L’utilisation des émotions et du récit transforme la route en voyage, où la puissance de la machine symbolise la liberté et le contrôle.
Cette importance croissante de l’émotion et du paysage se retrouve aujourd’hui dans le travail de photographes. Interrogé dans le cadre de mon article, Alexis Perrin16 souligne que chaque image automobile est d’abord une histoire. L’environnement, la lumière ou la couleur modifient entièrement le récit visuel. « Une voiture photographiée à Monaco ne raconte pas la même chose que la même voiture à Jeddah », explique-t-il, rappelant combien le décor façonne l’imaginaire. Son style, très coloré, graphique et expressif, reprend à sa manière les codes hérités de l’âge d’or17 : le mouvement, la vitesse, la tension, et une mise en scène visuelle repensée pour immerger davantage le spectateur. À travers cette approche, il montre que la photographie automobile n’est jamais neutre : elle construit une atmosphère, une émotion, parfois même un personnage. Progressivement, la route ne sert plus seulement de trajectoire : elle devient un support visuel et symbolique qui permet à la voiture de se mettre en scène et de projeter un imaginaire.
Du rêve mécanique à la mise en scène
Dans les années 1980, l’automobile dépasse le simple fantasme de vitesse pour devenir un symbole de statut social et de mythe personnel. Les marques premium comme Jaguar, BMW ou Mercedes exploitent le luxe, l’élégance et la puissance pour créer une aura de prestige autour de leurs véhicules. La publicité transforme alors le véhicule en objet de désir, mettant en scène non seulement la performance technique, mais aussi la personnalité et l’attitude du conducteur. L’étude de cas, comparant la Jaguar F-Type18 et la Porsche 91119, illustre cette évolution. La campagne cinématographique utilise acteurs, humour et codes du film d’action20 pour aller au-delà d’une publicité vantant uniquement les qualités mécaniques ; ce n’est plus la voiture qui est vendue mais une allure. Ces campagnes montrent combien l’automobile est devenue un produit de désir façonné par les valeurs qu’elle incarne. L’application des 4E (Émotion, Expérience, Exclusivité et Engagement)21 montre la manière dont la publicité moderne conjugue récit et expérience sensorielle pour séduire le consommateur.
Cet imaginaire de liberté, de puissance et d’adrénaline, largement répandu au XXe siècle, a profondément marqué la culture automobile. Pourtant, à partir des années 2000, cette vision séduisante entre en tension avec de nouvelles préoccupations sociales. Pollution, sécurité routière et transition énergétique deviennent des enjeux incontournables. Les marques ne peuvent plus promouvoir la voiture uniquement comme symbole d’évasion ou de performance, elles doivent composer avec un contexte où l’automobile est aussi critiquée. De ce conflit naît une communication renouvelée, qui cherche à concilier rêve et responsabilité, idéalisation et enjeux réels, tout en continuant à séduire et à inspirer.