Access to information is a major issue in contemporary society, and graphic designers play an essential role in the way information is shared and understood. This article focuses on the responsibility of graphic designers in providing accessible communication. The aim of this research is to analyse how design choices influence accessibility and comprehension. The main question addressed is: How is the graphic designer responsible for providing inclusive access to information?
This research is based on web articles, books, and audio resources related to design and accessibility. These documents come from government websites and professional online sources. The study analyses visual elements such as typography, hierarchy, colours, and layout, which are essential for understanding the needs of people with disabilities.
The results highlight that graphic designers have a significant responsibility in the communication process. Using inclusive design principles helps reduce barriers and improves access to information for everyone. Another important point is the idea of creating with users rather than for them, as designers cannot fully understand the experiences of people with disabilities without their involvement. In conclusion, this article emphasises the important role of graphic designers and their impact on access to information. Inclusive design can help reduce exclusion and create more equitable communication.
Au XXIe siècle, le numérique est omniprésent dans nos rapports quotidiens. S'il promet facilité et automatisation, il devient paradoxalement un frein pour une partie de la population. En France, 44% des personnes se disent mal à l'aise avec les outils numériques, et ce chiffre atteint 58% chez les plus de 70 ans. Cette fracture engendre un renoncement pour effectuer les démarches administratives désormais presque exclusivement en ligne.
Quelle est aujourd'hui la responsabilité du designer graphique dans la manière dont il conçoit l'accès à l'information ?
On constate une forte numérisation des services, notamment depuis la crise sanitaire qui a propulsé cette dématérialisation. En effet, 82% des démarches administratives sont réalisées en ligne chaque année et certains services ne proposent pas d'autres alternatives1. Malgré plusieurs lois et réformes en vigueur, telles que la loi du 11 février 2005, pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées qui concerne au premier abord l'accessibilité physique. Cette loi pose les premiers jalons de l'accessibilité à l'information essentielle pour tous, notamment aux personnes en situation de handicap.
Il y a également le RGAA2 apparu en 2015, qui s'appuie sur les recommandations internationales du W3C3, notamment les règles WCAG4. Depuis 2016, son application est devenue obligatoire pour l'ensemble des administrations, collectivités et opérateurs de service public au niveau international. Selon une étude du Crédoc5, près de la moitié des Français (44%) rencontrent des difficultés pour effectuer leurs démarches en ligne. Une minorité d'entre eux (11%) manquent de compétence numérique. Contrairement à une idée reçue, l'illectronisme6 concerne tout particulièrement les jeunes adultes : presque 70% des 18-24 ans déclarent rencontrer au moins une difficulté.
Il peut y avoir plusieurs obstacles au numérique, lié à l'illectronisme, au vieillissement ou à un handicap cognitif ou moteur. Toutes ces situations peuvent elles-mêmes avoir une temporalité différente selon la situation : permanente, temporaire ou situationnelle . Rendre accessible les plateformes en ligne ne serait donc pas une démarche pour une minorité mais pour la majorité dans un instant T en prenant juste en compte le vieillissement de la population par exemple. D'où l'importance de se pencher sur la question du rôle du graphiste afin de tendre vers une conception « pour tous » et non plus par et pour les valides. Le linguiste Roman Jakobson, dans le modèle des fonctions identifie six éléments fondamentaux dans toute situation de communication : l'émetteur, le récepteur, le message, le canal, le code, et le contexte . Si l'un de ces éléments est défaillant, ou mal adapté à la situation, la communication échoue. On peut appliquer ce schéma au graphisme.
De manière complémentaire, John et Matilda Riley (1971), dans leur approche sociologique de la communication, insistent sur l'importance du cadre social du récepteur. Selon eux, la compréhension d'un message dépend de son contenu, mais aussi des valeurs, croyances et expériences de celui qui le reçoit. En graphisme, cela signifie que ce qui est lisible pour l'un peut être incompréhensible pour l'autre . Ces modèles de la communication permettent de mieux comprendre les limites rencontrées lorsque l'on cherche à concevoir un graphisme « pour tous ». Les intentions du designer ne suffisent pas : encore faut-il que le message passe, dans toute sa complexité et sa diversité de récepteurs.
Les conséquences de la fracture numérique touchent l'accès aux droits. Lorsque certaines personnes ne parviennent pas à utiliser les plateformes administratives ou les services en ligne, elles se retrouvent exclues de démarches essentielles : déclarer leurs impôts, demander une aide sociale, prendre un rendez-vous ou gérer les transports. Cette difficulté entraîne un renoncement massif aux prestations, comme l'illustrent les estimations de la DREES7 en 2025 montrant que plusieurs milliards d'euros d'aides n'ont pas été réclamés. La fracture numérique génère ainsi une forme de précarité administrative : les individus dépendants des procédures en ligne se retrouvent bloqués ou vivent une perte d'autonomie dans leurs démarches quotidiennes. À plus long terme, la fracture numérique accroît les inégalités sociales, isolant davantage les publics vulnérables et fragilisant leur rapport aux institutions.
Dès lors, la responsabilité du graphiste est également de rendre l'information accessible et lisible par tous.
L'architecte américain Ronald Mace (1942-1998) s'est penché sur cette question et a défini sept principes fondamentaux de la conception universelle, fondés notamment sur l'utilisation équivalente, la souplesse d'usage, la simplicité et l'intuitivité, la perceptibilité de l'information, la tolérance aux erreurs, la réduction des efforts physiques ainsi que l'adéquation des espaces et des usages8.
De plus, dans notre quotidien, certains usages inclusifs sont imperceptibles, adaptés pour la minorité mais qui servent finalement à la masse. La télécommande9, pensée à l'origine pour faciliter l'accès aux personnes à mobilité réduite, est aujourd'hui devenue un outil d'usage quotidien pour tous, illustrant ainsi comment une solution d'accessibilité peut se transformer en confort universel.
De nombreux dispositifs existent pour apporter un maximum d'accessibilité. Pour faciliter la lecture et la compréhension, on va privilégier une typographie linéaire, assez épaisse. Il existe également une typographie spécialement conçue pour les personnes dyslexique : OpenDyslexic. Le FALC10 est un outil déjà présent dans de nombreux centres culturels, qui allège la lecture et simplifie la forme d'un texte. Créé au départ pour les personnes avec un handicap cognitif, il bénéficie aujourd'hui à un large public, notamment aux personnes âgées, aux personnes maîtrisant peu la langue, ou encore à celles confrontées à des situations de stress ou de surcharge cognitive. On retrouve dans les livrets FALC de nombreux pictogrammes, qui, eux aussi, sont un outil de compréhension très intéressant car ils illustrent une action, un élément qui est facilement identifiable par la suite. Pour les sites internet, on peut ajouter des outils d'accessibilité numérique adaptative, comme des réglages de contraste, des polices ajustables, des synthèses vocales, afin de rendre le contenu compréhensible par tous grâce à un module.
Tous les détails de mise en page sont à prendre en compte dès la conception, que ce soit le choix de la typographie, des couleurs, la mise en pages joue un rôle majeur dans l'accès à l'accessibilité. Souvent les produits numériques sont conçus puis adaptés après-coup, mais ce processus d'adaptation est souvent fastidieux, coûteux et donc abandonné par la suite. Ce qui laisse des personnes exclues de l'accès à l'information. C'est pour cela que la sensibilisation joue un rôle majeur, notamment à travers des formations et un enseignement inclusif dans les écoles. Il est important d'échanger avec les personnes concernées et de travailler en collaboration avec elles, ainsi qu'avec des structures comme les ESAT11, les IME12 ou les CVS13, afin de créer des documents et des services accessibles « avec » et non « pour »14 et de maintenir un contrôle plus poussé concernant l'application des normes déjà en vigueur.
Mais il est également important de ne pas négliger l'aspect esthétique de ces sites, qui sont pour la plupart assez neutres.
En effet on remarque que les sites normés et accessibles tels que ceux du gouvernement présentent souvent un design similaire, avec des tons grisâtres et à l'apparence aseptisée. Cette uniformité garantit la lisibilité et un respect des normes, mais elle réduit la dimension esthétique. Lorsque la lisibilité prime systématiquement sur l'attractivité visuelle, le plaisir de naviguer, d'explorer et d'investir du temps sur le site diminue, ce qui peut freiner l'engagement de l'utilisateur et limiter son sentiment d'appartenance à la société, sentiment pourtant visé au départ. Cette désaffection se traduit par un temps passé plus court sur le site, une attention diminuée et donc une mémorisation réduite de l'information.
Il existe une tension entre accessibilité et identité : les contraintes de contraste, de typographie ou de simplification graphique peuvent limiter la créativité et donner une impression monotone ou institutionnelle, ce qui influe sur la perception globale du site et la motivation à revenir. L'expérience utilisateur ne se limite pas à la compréhension : elle inclut aussi le plaisir de navigation, l'engagement et la facilité à retenir l'information. C'est donc un vrai challenge pour le graphiste de trouver le juste milieu entre une conception accessible mais esthétique.
Comment le graphiste peut-il simplifier tout en conservant du caractère et une identité ?
Il s’agit d’un jeu de recherche et d’expérimentation. Notamment dans le choix des typographies, heureusement, il existe un large choix de familles de polices, permettant la lisibilité tout en prenant en compte de la mise en page, de l’interlignage, de la couleur et de la densité du texte, afin d’assurer une lecture confortable et accessible à un large public. Au-delà de la lisibilité, certaines typographies peuvent transmettre un univers, renforçant le message et facilitant la compréhension du contenu.
Les pictogrammes constituent un élément important pour renforcer l'accessibilité : ils peuvent être retravaillés pour créer une identité graphique plus marquée, sortir des codes classiques et rester facilement compréhensibles. Ils illustrent des concepts et des actions, facilitent la navigation et améliorent la mémorisation.
Le choix des couleurs est également crucial : certaines combinaisons peuvent nuire à la lisibilité, notamment pour les personnes atteintes de daltonisme. Des sites permettent de tester les couleurs en amont et d'anticiper ces difficultés en testant la perceptibilité des couleurs et en garantissant un contraste suffisant. Les couleurs jouent donc un rôle en attirant l'attention sur certaines informations et en aidant à organiser le contenu, ce qui soutient la cognition. Elles apportent vivacité et identité au site.
L'esthétique a un vrai rôle : elle guide l'attention, hiérarchise l'information et rend l'expérience utilisateur plus agréable et intuitive. En combinant lisibilité, attractivité visuelle et identité graphique, le graphiste peut proposer un design à la fois simple, inclusif et porteur de caractère, démontrant que lisibilité et esthétique sont complémentaires.
L'accessibilité doit être un aspect primordial dans le rôle du designer graphique, car elle ne vise pas seulement un public ayant un handicap : elle nous concerne tous, à un moment de notre vie. Rendre accessible, c'est anticiper des contextes, des âges, des environnements changeants. C'est reconnaître que notre manière d'interagir avec l'information n'est jamais stable et que le graphisme a le pouvoir de réduire ces obstacles. L'accessibilité n'est pas une contrainte mais un levier : elle ouvre la possibilité d'un design plus juste. L'enjeu est collectif : penser l'accès à l'information, c'est penser une société où la circulation du savoir se fait sans laisser personne de côté.
Thiga média, Product Design par Amélie Darcy, Gladys Dandioki et Anne-Sophie Tranchet Etre accessible sans exclure, être inclusif sans être inaccessible : c'est possible ?